Théâtre à l'ITEP

I.T.E.P pour Institut Thérapeutique Educatif et Pédagogique. C’est avec l’ITEP de la Corniche de Sète, et en partenariat avec le Théâtre Molière de Sète – Scène nationale, que Roman-Karol, artiste associé à la compagnie Du Vent sous les semelles, a initié un projet d’atelier théâtre avec des adolescents issus de l’ITEP.

 

« Je n’ai jamais cherché à connaître le parcours de ces jeunes gens ni les raisons pour lesquelles ils avaient dû intégrer un Institut Thérapeutique Educatif et Pédagogique. Ce qui m’intéressait c’était eux, dans leur entièreté. Des adolescents qui pensent, rêvent et se rebellent. »


Le projet était que, chaque semaine, à 09h30, ils entrent au Théâtre. Puis, qu'ils rangent leur téléphone portable durant toute la matinée et montent sur le plateau pour raconter des histoires comme on monte à cheval (qui osera chevaucher en premier ? Comment les autres vont-ils me regarder ? Vont-ils me juger ? Qu'ai-je le droit de faire ? Où sont les limites ?) ; Enfin, qu'ils finissent par apprivoiser leurs peurs et maîtriser "l’animal." Au bout du compte, ils finirent tous par ressentir ce sentiment de liberté indescriptible qui parcours tout le corps laissant des traces indélébiles.


Il y a eu des matins où le groupe allait bien. D’autres fois, personne ne se levait de sa chaise. Et là, il fallait s'adapter, comprendre, trouver les chemins sur lesquelles ils pouvaient s’engager.

Certains n’arrivaient pas à parler sans bégayer, d’autres étaient plus à l’aise mais aucun ne supportait l’échec et tous y répondaient par la violence. Lors du premier atelier, pendant la pause, il y en a un qui m'a dit : « Moi je veux être pompier. Pompier comme mon père. Et tu sais je suis déjà sapeur-pompier volontaire ! Mais faut beaucoup s’entraîner pour être pompier tu sais. ».

 

Le projet ne s’est pas arrêté à la pratique théâtrale. Grâce au soutien du Théâtre Molière de Sète et au travail de médiation d’Hélène Villain, ils ont pu visiter les recoins du Théâtre, découvrir une pièce de théâtre et manger quelques madeleines à la fin des ateliers du mercredi matin.

 

Du vent sous les semelles a le désir d’ouvrir les portes des Théâtres, décloisonner la pratique théâtrale et rendre accessible à tous les publics cet art afin qu’il ne soit plus jamais considéré comme « réservé à une élite ».

 

Un soir, j’apprends qu’un parent dit à l’éducatrice « le théâtre, c’est de la merde, ça sert à rien ». Ce père, c’est le pompier, un père prit comme modèle par son fils. Quelques jours plus tard, le fils vient voir un spectacle programmé au Théâtre Molière. A la sortie, il me confiera « j’ai adoré, c’était trop bien la pièce de théâtre tu sais ».

 


logo TMS.JPG
Logo groupe SOS.JPG

Théâtre à l'école

Depuis 2019, les professeures des classes de CM1 et CM2 de l’école élémentaire du Sous Bois à Sète proposent à Roman- Karol de développer un projet théâtral autour d’une œuvre étudiée en classe dans l’année.


« En 2019, lorsque l’on m’a proposé de travailler sur Les Fourberies de Scapin de Molière, j’ai tout de suite eu l’envie de traverser l’intégralité de la pièce avec les quasi cinquante élèves. C’était une aventure de troupe incroyable où les enfants se sont tout de suite mis.e.s au travail. J’avais en face de moi de vrai.e.s professionnel.le.s prêt.e.s à relever ce défi.


De mon côté, j’ai d’abord dû appréhender l’ensemble conséquent du groupe puis il m’a fallu repenser la distribution afin que chacun.e puisse avoir un espace de jeu. Je voulais faire exister la masse sans oublier les individualités. Alors j’ai décidé de dégenrer les personnages afin que Scapin puisse tout autant être joué par une fille qu’un garçon. Seul un objet transmis de l’un.e à l’autre entre les scènes ou la couleur d’un vêtement permettait de reconnaître le personnage.


Au bout de 8 jours de répétition, c’est face au public que les CM1 ont joué (textes appris par cœur) des scènes à deux, trois, quatre mais aussi à  vingt-cinq. Les CM2 quant à eux étaient les fils conducteurs du spectacle. Ils ont réalisé un travail d’écriture en se réappropriant la langue de Molière et ils avaient en charge de poursuivre l’histoire de la pièce entre chaque scène. Ces interludes étaient lus au pupitre. »


 

La crise sanitaire de 2020 a empêché la poursuite de l’action artistique mais celle-ci a pu renaître en 2021, avec un tout nouveau protocole. Et c’est la figure de Cyrano de Bergerac qui a été choisie par les professeures.

 

« Comment faire du théâtre avec la distanciation sociale, les gestes barrières et les masques qui cachent la moitié du visage ? Cela me paraissait impossible. Et c’est assurément cela qui m’a décidé à le faire. Il m’a paru important en cette période de ne rien lâcher et de continuer à créer. J’ai alors proposé un double travail de théâtre et cinéma autour d’improvisations, d’expression corporelle et d’extraits choisis. J’ai enregistré les voix, fait danser les corps, fait joué les scènes, filmé en noir et blanc, interviewé les enfants sur le sentiment amoureux, etc.


A la sortie d’une semaine intense de travail, nous avons partagé un goûter de fin de tournage. A ce moment, les masques sont tombés, et je me suis rendu compte que, pour un grand nombre d’entre eux, je n’avais jamais vu entièrement leur visage. Le constat était effrayant. Mais sur ces visages il n’y avait que des sourires. C’est ce que je veux retenir. »


Ici, au Théâtre, c’est le seul endroit où tu peux faire tout ce que tu veux.

Ici, au Théâtre, c’est pas comme à l’école, tu dois copier sur l’autre, c’est une source d’inspiration.
Ici, au Théâtre, personne ne peut se moquer de toi, car il n’y a que celui.celle qui fait qui a raison.

Cyrano - Sous bois - 03 2021 (2).jpg